Ce que ton placement a vraiment rapporté
Huit pour cent de rendement, trois pour cent d'inflation. La réponse n'est pas cinq.
Un placement affiche un chiffre : ce qu'il a gagné. Ce chiffre ne dit pas ce que tu peux acheter avec, et c'est pourtant la seule question qui compte quand l'argent reste immobilisé des années.
Le rendement réel est un rapport, pas une soustraction
L'habitude est de retrancher. Huit pour cent de rendement, trois pour cent d'inflation, cinq pour cent de rendement réel. C'est faux, et toujours dans le même sens : ça flatte.
Le calcul juste divise au lieu de soustraire, parce qu'on compare deux multiplications. Cent euros deviennent 108. Ce que ces cent euros achetaient coûte maintenant 103.
- 1,08 ÷ 1,03 - 1 = 4,85 %, et non 5 %.
Un sixième de point. Sur un an, personne ne le verra. Sur dix ans, l'erreur gonfle le capital de 1,4 %. Sur vingt ans, de 2,8 %. Et l'écart grandit avec l'inflation : à 12 % de rendement pour 9 % d'inflation, la soustraction annonce 3 % quand le vrai chiffre est 2,75 %.
L'inflation de quel pays ?
Deuxième piège, plus coûteux que le premier : l'indice auquel on compare.
Un bien se compare aux prix de son pays. Un appartement à Lisbonne détenu depuis Berlin se mesure à l'inflation portugaise — c'est le marché portugais qui a fait son prix, pas le marché allemand. Prendre l'inflation du pays où l'on vit mélangerait deux histoires sans rapport.
Le patrimoine total, lui, se compare aux prix de l'endroit où tu dépenses. C'est le seul endroit où la question « est-ce que je peux acheter plus qu'avant » a un sens.
Deux indices différents pour deux questions différentes, et c'est normal.
Ce que ça change, en vrai
Un livret à 2 % quand les prix montent de 3 % : le rendement réel est de -0,97 % par an. Au bout de dix ans, la somme est intacte sur le relevé et elle a perdu 9,3 % de ce qu'elle permettait d'acheter. Rien à l'écran ne le dit.
Un appartement acheté il y a huit ans, revendable 40 % plus cher, dans un pays où les prix ont monté de 35 % : l'écart n'est pas de cinq points. Il est de +3,7 % au total, soit 0,46 % par an. L'opération n'est pas mauvaise — elle n'est simplement pas celle que le chiffre de 40 % laissait imaginer.
Ce que le rendement réel ne dit pas
Trois choses qu'aucun calcul ne règle tout seul :
- Les versements. Un compte alimenté chaque mois n'a pas fait travailler tout son capital aussi longtemps. Comparer la valeur d'aujourd'hui au total versé mélange de l'argent qui a travaillé huit ans et de l'argent qui a travaillé huit jours.
- Les frais et l'impôt. Le rendement réel se calcule sur ce qui reste après, pas avant.
- La monnaie. Un bien détenu dans une autre monnaie que la tienne a deux rendements : le sien, dans sa monnaie, et ce qu'il vaut une fois converti. Ce ne sont pas les mêmes, et le second dépend d'un taux de change que personne ne contrôle.
Ce qu'il faut en retenir
Un rendement nominal répond à « combien d'argent en plus ». Un rendement réel répond à « combien de choses en plus ». Pour de l'épargne qu'on laisse dormir dix ans, seule la seconde question a une réponse utile.
Et s'il y a un crédit en face du bien, la lecture change encore : un crédit dans ton budget et dans ton patrimoine.
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